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Grégoire Dufaux, du régionalisme à l’international

Voilà plus de dix ans que Grégoire Dufaux me demandait de me pencher sur sa production artistique. Il avait alors 24 ans et toute la hardiesse imputable à la jeunesse. A l’époque déjà, il s’intéressait tant à la peinture qu’à la sculpture, recourant indifféremment au carton ou à  la  toile, travaillant la mine de plomb, l’acrylique et le pastel et bien sûr le marbre, celui de Carrare, pour ses volumes.

A l’époque, il portait prioritairement son attention sur les visages, les corps, cherchant inlassablement à saisir des attitudes souvent pleines d’angoisse ou de replis. Il était loin de l’abondance préférant le décharné, l’introspection, voire le mutisme, donnant peut-être  à ses œuvres un soupçon  d’intériorité qui laissaient transparaître un monde d’introspection, peut-être de solitude où les êtres qui s’y trouvaient erraient dans des limbes évanescents.

Aujourd’hui, son œuvre peint s’est charpenté. Ses tableaux se sont construits, géométrisés, affirmant des lignes forces qui déterminent des espaces dimensionnels pluriels. Dans ces trames qui permettent au regard d’entrer dans différentes perspectives, Dufaux place des êtres, à la fois humains ou  mystiques, présences de références à l’humanité ou au religieux, témoignage d’un esprit sensible à la multiplicité des pensées et des croyances.

Sensible aux philosophies, à la culture classique, aux socles culturels universels, Grégoire Dufaux introduit dans son œuvre des éléments qu’il saisit dans ce qui l’environne, qu’il soit en Chine, au Maroc ou en Italie. Il amalgame ensuite dans son univers propre ces touches multiples qu’il assemble dans son monde particulier. Que ce soit Bouddha ou la figure du Christ, des versets du Coran ou des éléments de calligraphie,  voire des codes-barres, tout prend sens dans ses tableaux puisque Dufaux cherche avant tout à montrer que la pensée ne doit pas être figée, limitée à la petitesse d’une région, à celle des esprits qui l’habitent. Il est le peintre d’histoire de la modernité.

En prenant son envol au gré de ses voyages, Grégoire Dufaux sait mêler à une technique picturale désormais affirmée un univers mental qui témoigne d’une curiosité sans cesse en éveil. De cette rencontre, il  en ressort des images que chacun peut lire en fonction de sa propre sensibilité. Pour cela, il faut aussi prendre du temps car les œuvres proposées sont complexes, multiples, chargées de symboles et de signes, exigeant une lecture attentive, une introspection sur ses propres représentations, une nécessité d’aller puiser au plus profond de ses circonvolutions les référents culturels accumulés. Et ceux-ci varient en fonction des éducations !

Toutefois, il n’est pas nécessaire de chercher l’unisson avec le discours de l’artiste ; cela serait même inutile. Il faut simplement puiser en soi l’introspection nécessaire pour dépasser le simple regard afin d’essayer de passer du percept visuel à la verbalisation, fondement incontournable de l’échange, du partage, de l’expression du plaisir. La contemplation de la peinture peut sans doute être un plaisir solitaire mais il convient de surmonter cet égoïsme pour  être à même de communiquer ses ressentis et là, seule la parole prime. Dufaux peint ; les autres parlent.

Certes, il peut tenter de dire, d’expliquer – du reste, il le fait – mais il convient de dépasser le monologue ; il faut aller à la discussion, voire à la dispute. Dès lors, la passion naît, les convictions d’affirment, les esprits s’échauffent, se stimulent.

Avec les tableaux qu’il offre à la sagacité des spectateurs, Dufaux procure toutes les conditions requises pour que le débat s’anime. Ceci est la preuve que son travail ne laisse pas indifférent. Il a donc dépassé l’ordinaire, le banal. Ainsi, il peut revendiquer, haut et fort, son statut de peintre accompli.

En autodidacte affirmé, Dufaux ose aujourd’hui à la fois les couleurs chaudes mais aussi les entrelacs de noir et blanc. Il juxtapose, superpose les techniques, les éléments. Peignant, collant, déchirant, il attaque des grands formats qui exigent une connaissance formelle et solide du métier. Il n’a plus de peur.

Son ouverture au monde associée à son naturel toujours introverti, touche d’une pudeur sous-jacente, débouche aujourd’hui sur une peinture sans lien avec le régionalisme. Certes, si  ses racines subsistent, elles sont désormais mêlées à une globalité qui fait que la peinture est un langage universel.  En s’appuyant sur une sémiotique générale, Dufaux  transcende les symboliques, les repères culturels, les fondements indigènes pour donner à son œuvre une dimension transcontinentale qui rappelle tout simplement que la sensibilité humaine peut-être univoque où que l’on soit dans le monde.

Patrice Allanfranchini 

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